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Les SCOP

 

Si vous êtes intéressés par la création d'une SCOP, nous vous conseillons de télécharger ce guide édité par l'Union Régionale des SCOP Poitou-Charentes :  Guide_création_Scop.pdf

 

Résumé - Ce qu'il faut retenir, les Scop en chiffres:

Une SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production) est une entreprise majoritairement détenue par ses propres salariés

Il existe 2000 Scop en France qui emploient 43.860 salariés, et cumulant un chiffre d'affaire de 3.9 milliards d'euros
Le principe est plutôt porteur car on a observé une création de 200 Scop en 2012.

Le taux de survie au bout de 3 ans est de 82% pour les scop (contre 66% pour les autres entreprises)

Les salariés doivent détenir 51% du capital et 65% des voix.
Le partage des dividendes doit être réparti selon ces proportions :

Une part de 33% maximum pour les salariés associés
Une autre d'au moins 25% pour les autres salariés
et 16% minimum doivent être épargnés pour le développement à long terme de la Scop.

En moyenne, les Scop emploient une vingtaine de salariés, mais il n'y a pas de limite d'effectif, la Scop la plus importante en France est Chèque-déjeuner (2000 employés - 295 millions d'euros de CA)
 

A/ Définition sémantique : Qu’est-ce qu’une SCOP ?

L’acronyme SCOP peut être considéré comme un sigle dans la mesure ou il est quasi systématiquement employé comme mot commun. Il désigne une ou plusieurs sociétés coopératives ouvrières de production. Pour saisir ce qui ce cache derrière cette appellation, il nous a semblé nécessaire de procéder en priorité à une simple analyse sémantique des termes successif de cet acronyme.

Une  S.C.O.P. est donc :

1. Avant tout une société . Si nous voulons lui donner un sens large,  nous pouvons comprendre ce mot au sens que l’on lui attribuait au XVIIème siècle : un groupe organisé et permanent, institué pour un but précis . Avant toute contextualisation socio-historique on peut donc souligner qu’il s’agit d’une organisation, c’est à dire, pour reprendre la définition générique de Michel Crozier «un construit social, dont l’existence pose problème et dont il reste à expliquer les conditions d’émergence et de maintien. »[1] Pour notre époque et de manière moins abstraite, le terme est à prendre au sens juridique et commercial du terme : a la fois des entreprises à vocation commerciales et des institutions officiellement reconnues et régies par les codes la loi.
 

2. Une volonté coopérative : La coopération est un mot issu du latin cooperatio (1435), et se réfère à l’action de participer à une œuvre commune. Très large, l’adoption de cette première définition nous permettrait de qualifier de coopérative toute forme observée d’organisation sociale, et transformerait par là même l’expression « société coopérative » en un pléonasme, car en effet, que serait alors une société non coopérative, c’est à dire  à l’édification de laquelle aucun individu ne participerait? On voit donc bien que si l’on veut comprendre la précision supplémentaire qu’induit  cette adjectif, il faut lui chercher une définition plus poussée.

En ce sens premier aussi, la coopération peut être rapprochée de la collaboration. 

En 1828[2], Une nouvelle définition issue du champ de l’économie qualifie de coopération tout système par lequel des personnes intéressées à un but commun s’associent et se répartissent le profit avec un pourcentage en rapport avec leur part d’activité. Ici le terme se précise :  qu’un ouvrage, qu’un travail soit réalisé par plusieurs personnes ne suffit plus à le qualifier de coopératif. Il faut encore que les fruits de ce labeur soient proportionnellement répartis en fonction de la participation de chacun. Pour qu’une organisation à objectifs de production soit coopérative, il faut donc que chaque membre y soit rétribué en fonction des mêmes critères et selon les mêmes calculs de participation. Il n’est pas demandé à ce que les salaires soient les mêmes pour tous, simplement qu’ils soient fondés sur les mêmes principes d’attribution, toute chose étant égale par ailleurs. Bien évidemment les choses ne sont jamais toutes égales par ailleurs. Dès lors se pose le problème du calcul économique de la participation et des modes de redistribution des dividendes. La coopération implique désormais un consensus social, un contrat

En 1842, l’adjectif coopératif (du bas latin coopérativus) apparaît pour qualifier  « ce qui est fondé sur la coopération et la solidarité »[3]. Cette nouvelle nuance précise le sens précédent par la mention de nécessaires liens de solidarité entre les membres d’un projet coopératif. Selon cette définition , la solidarité est en effet perçue comme un fondement, une assise, une base pour la coopération. Mais cette précision introduit à son tour une incertitude quant à la définition de cette solidarité.

Il faudra attendre enfin Les lois sur les libertés de l’association de 1901 pour entendre parler de coopérative, comme nom commun, désignant cette fois les sociétés coopératives comme  des entreprises associatives, ayant pour objet les services les meilleurs pour ses membres (les coopérateurs), et gérés par ceux-ci sur la base d’une égalité des droits, des obligations et de la participation au profit. Les formes d’organisations susceptibles de tomber sous cette définition, seront ensuite distinguées en fonction de leur activité : coopérative d’achat, de vente, coopérative de production, coopérative agricole.


3. Une organisation « ouvrière ». Voici, s’il en est, un mot à polémique dans le champ de la sociologie du travail française. La question obsédante de savoir s’il fait encore sens d’utiliser le concept de classe ouvrière dans un débat sur les forces et les dynamiques sociales en France ne nous préoccupe pas ici. Nous nous contenterons d’une acceptation étymologique du terme.

Pendant presque cent cinquante ans la définition du sens commun a fait du travailleur  manuel de la grande industrie la figure idéal typique de l’ouvrier, jamais très loin de la figure marxiste du prolétaire. Si l’on examine les définitions du terme « ouvrier » qui prévalaient a d’autres époques, on peut retracer l’existence de cette figure sociale historique.

Au XIIIème siècle, époque d’apparition du mot, un ouvrier est « la personne qui exécute un travail manuel, exerce un métier manuel ou mécanique moyennant un salaire »[4]. Dans cette définition lapidaire se dessine déjà la forme ancienne du salariat, que nous percevons ainsi :   une forme de commerce de sa force productive, mais qui est structurellement précaire. L’activité salariale nous semble précaire car elle est systématiquement soumise à la volonté d’un employeur potentiel

Au XVIème siècle, peu avant la révolution industrielle, la définition s’est quelque peu affinée puisqu’on entend alors désigner par cette appellation une « personne qui exécute habilement et avec habileté un certain travail, sa profession[5] ». L’ouvrier est alors celui qui est reconnu, doué dans sa spécialité.

La définition industrielle du terme semble donc plus proche de celle du XIIIème siècle que de celle du XVIème siècle. Elle apparaît plus exclusive en tout cas d’une éventuelle autonomie pour l’ouvrier en question puisque seule la définition du XVIème siècle laisse entendre la possibilité qu’il puisse être son propre maître et travailler pour lui, même si les circonstances historiques de cette époque (la domination économique de la bourgeoisie par le biais du salariat)  ne s’y prêtent pas nécessairement.


4. Une SCOP est enfin une organisation dont l’objet est la production. Ici est défini le champ d’action auquel seront appliquées les règles de la coopération , l’activité essentielle et la raison d’être de cette forme d’association. Selon nous, la production, ou activité productrice doit être ici comprise au sens très large du terme, c’est à dire ne pas se restreindre  au domaine de la production matérielle d’objets sensibles. En analyse économique, on a coutume de répartir l’ensemble des acteurs du monde du travail en trois secteurs clés : Le secteur primaire, qui regroupe tout ce qui a trait à la production et à l’extraction directe de matières premières ; le secteur secondaire, dans lequel on retrouve toutes les entreprises et industries qui s’occupent de la transformation, du transport et de la revente de ces matières premières ; enfin le secteur tertiaire, dans lequel atterrissent toutes les activités de services et d’information, tout ce qui ne rentre pas dans les deux premiers groupes. Dans le cadre du présent travail nous ne désignerons pas par « production » et « activité productive » le premier de ces trois secteurs d’activité, mais les trois en même temps, c’est à dire absolument tout ce qui est produit de la main ou de l’esprit de l’homme en vue d’une utilisation directe (usage ou consommation) ou indirecte (échange et commerce).

 

L’acronyme SCOP lui même a été reconnu officiellement par la loi sur la coopération de 1947.

 

B/  Définition Statutaire.


Présentation des principes coopératifs

On trouvera dans cette partie l’énumération exhaustive des principes fondateurs de la SCOP telle que l’on les trouve officiellement définis par la brochure annuelle de l’organisme  officiel de soutien et de coordination qu’est l’ Union régionale des SCOP de l’ouest.

Selon cet organisme, le statut SCOP comporte des dispositions particulières qui traduisent les principes de fonctionnement, principes qui découlent à leur tour des valeurs fondamentales défendues par les coopérateurs. Précisons toutefois que l’ordre dans lequel sont énumérés ces principes n’a pas valeur de classement hiérarchique en fonction de leur importance :  ils sont un tout et sont interdépendants entre eux, la suppression d’un seul d’entre eu dans le fonctionnement de la SCOP amenant une dénaturation du projet initial.

 

1er principe : L’actionnariat salarié

« Une SCOP est crée par des individus qui veulent mettre en commun leur capacité professionnelle pour développer leur propre outil de travail » ; en conséquence de quoi :

« Plus de la moitié du capital social de l’entreprise (au moins 51%) doit être détenu par les associés salariés » ; L’idée centrale de ce principe est de couper court à toute possibilité de perte de contrôle de l’entreprise par les salariés sous la forma financière. Est ainsi reconnu comme objectif prioritaire  de la SCOP la maîtrise par les travailleurs de leur instrument de travail.

« Les associés non salariés ne disposent pas de plus de 35% des droits de vote et inversement les salariés associés ne doivent pas détenir moins de 65% des droits de vote » ; Ce qui transparaît en filigrane dans ce principe, c’est la priorité donnée, dans le circuit décisionnel de la gestion de l’entreprise à ceux des associés qui financièrement dépendent directement des succès et de échecs de cette gestion : les salariés. Là encore est affirmé le principe selon lequel une SCOP est avant tout un instrument visant à assurer aux travailleurs la maîtrise de leur moyen de subsistance économique. Ces derniers ont clairement une position prioritaire  par rapport à d’autres associés dont l’existence économique dépendrait moins directement de la santé financière de l’entreprise, et qui seraient ainsi d’avantage susceptibles de percevoir  l’entreprise comme un moyen de profit financier à court terme, sans souci des conséquences socio-économiques que pourrait avoir à long terme une gestion purement capitalistique de la dite entreprise.

« Les coopérateurs salariés s’engagent à contribuer à la constitution et au développement du capital de la SCOP » ; Par là est affirmée la nécessité, pour chaque associé, de soutenir financièrement l’entité économique qui est en même temps leur outil de travail. Tous ceux qui se soumettent à cette exigence contribuent par là même, qu’il le sachent ou non, à créer une sorte de climat de confiance économique interne à l’entreprise : par le simple fait de prendre collectivement un certain risque financières et dans une logique de l’intérêt bien compris, tous s’engagent mutuellement à faire le nécessaire pour minimiser le risque d’échec financier, pour justifier a posteriori cet investissement mutuel. Partant de cette observation il serait intéressant d’étudier ce qu’il peut advenir de ces fameux freinages de production dus à la « flânerie » constatée et honnie par Taylor, dans un contexte ou nul n’a intérêt à ménager ses efforts.

 

2ème principe : L’exigence démocratique dans la gestion

« Une SCOP fonctionne dans un cadre démocratique et dans la transparence : c’est pourquoi chaque associé dispose d’une voix quelle que soit le montant du capital détenu. L’information régulière et la formation des associés sont indispensables pour respecter ce principe. »[6]

Ici trouve-t-on probablement ce qu’il y a de plus caractéristique dans le phénomène SCOP, et qui permet de souligner la continuité idéologique entre les utopies collectivistes de l’époque industrielle  et la SCOP:  une véritable éthique de la production, élaborée en amont  de la constitution réelle de l’entreprise, et qui tend à vouloir fonder l’activité productrice sur les mêmes principes et idéaux qui sont censés présider  à l’organisation politique de nos sociétés démocratiques, à savoir – selon nous - la transparence , l’égalité de la liberté d’expression et d’action.

Concernant les SCOP l’un des plus important de ces principes de gouvernance nous semble être l’indiscrimination - ou non discrimination - intellectuelle dans les processus décisionnels, c’est à dire la conviction et l’affirmation selon laquelle chaque membre sociétaire, du fait même de ce statut de sociétaire, possède la légitimité suffisante  pour s’exprimer et être écouté quant à son opinion sur la gestion collective de l’entreprise. Selon ce principe, rien (et surtout pas une différence de poids dans la participation financière  au capital de l’entreprise) ne saurait justifier une inégalité entre sociétaire en terme de représentativité. Il est ainsi affirmé qu’aucune voix individuelle ne doit avoir, au comptage, plus de poids qu’une autre dans le choix collectif, de manière à ce qu’une proposition désapprouvée par une majorité de membres ne puisse être adoptée contre leur gré. On se situe donc ici clairement dans une optique de recherche de la satisfaction du plus grand nombre, une volonté démocratique.

Ensuite, deuxième principe qui constitue le corrélat immédiat du principe démocratique,  sorte de condition sine qua non à l’institution d’un débat éclairé et éclairant, la transparence (transparence des salaires, des comptabilités financières, des enjeux économiques et autres) est exigée de la part de chaque membre de la SCOP de manière à ce que les choix puissent être fait en toute connaissance de cause.  De manière enfin à ce que les associés  de l’entreprise puissent assumer, en bien  ou en mal,  les conséquences des choix de gestion qu’ils approuvent.

 

3ème principe : Le partage équitable des résultats du travail

Le partage des résultats est réalisé dans un souci d’équité entre les salariés, l’entreprises et les actionnaires :

  • Les réserves, comprises de 16 à 75% du résultat, constituent la part de l’entreprise. Ces réserves permettent de financer le développement de l’entreprise et assure sa pérennité.
  • Les dividendes, comprises de 3% à 33% du résultat, doivent être inférieures ou égales aux réserves, et inférieures ou égales à la part travail. Les dividendes rémunèrent le capital apporté par les associés.
  • La part travail, comprise de 25% à 84% du résultat. Elle est répartie entre tous les salariés, associés ou non. Dans des SCOP, cette part travail fait souvent l’objet d’un accord de participation. Cette part est néanmoins bloquée pendant les cinq premières années de présence du salarié sociétaire, afin d’éviter les comportement spéculatifs susceptible de mettre en péril la stabilité financière e l’entreprise . En contrepartie de cela, cette part travail n’est pas sujette à cotisation sociale, elle n’est pas imposable, ouvre le droit à des intérêts et est garanties par les AGS.

C’est la encore une caractéristique officialisée propre aux SCOP qu’on ne retrouve pas nécessairement dans les entreprises salariales dites classiques (pas en tout cas sous la forme d’un engagement officiel systématique en ce sens) : la volonté expresse de faire en sorte que personne ne puisse à juste titre se sentir floué ou en d’autres termes, se sentir exclu de la participation à la plus-value qu’il a dégagé dans son travail. Si, idéalement, un tel équilibre semble difficile à atteindre, le simple fait que cette justice professionnelle soit affichée comme un but et un défi, et la possibilité récurrente de contrôler, de tester et de contester l’état des choses change déjà singulièrement la donne, en ce qui concerne les représentations que les salariés peuvent se faire du sens de leur travail. Car si ces derniers ce sentent malgré tout floués par la manière particulière dont sont redistribuées les résultats du travail, ils ont toute la légitimité voulue pour exprimer leur sentiment et désaccord sur le sujet, pour tenter de régler le problème par le biais de la négociation collective, et contrairement à l’ouvrier salarié de Taylor, il peut le faire sans être obligé de se surveiller, ayant à l’esprit que toute critique ou formule revendicatrice à l’encontre de la gestion patronale peut représenter un risque pour sa carrière, ou dégrader ses chances de promotion. Cet élément, que nous pouvons qualifier  d’élément de confort essentiel nous semble à son tour déterminant dans l’appréhension du phénomène SCOP car ses conséquences ne se limitent pas  à la sphère de la négociation des salaires, mais affectent, nous semble-t-il, tous les processus décisionnels internes à l’entreprise (la répartition des tâches, des responsabilités, organisation du travail, etc.): pour peu que l’on lui trouve des défauts, des aspect injustes et inégalitaires ou des solutions plus performante, chaque opération, chaque étape ou aspect de la vie en entreprise coopérative peut être remis en question, passé au crible  de la critique, et la critique à son tour soumise au jugement des acteurs concernés.

Tout ceci, si la formule fonctionne, ne peut avoir pour effet que d’empêcher au maximum l’intrusion d’importants facteurs de freinage de la production, telle que des la mauvaise volonté, la non communication d’informations cruciales, les rivalités inter hiérarchiques, des problèmes que les systèmes habituels (patriarcal) de gestion des ressources humaines n’incitent guère à exposer sur la place publique, rendant ainsi quasi impossible un règlement rationnel et intelligent (du point de vue de l’entreprise) des litiges rencontrés (nous faisons ici notamment allusion au syndrome français de la peur de l’affrontement dans les relations professionnelles, syndrome évoqué par Michel Crozier dans La société bloquée).

 

4ème principe : La garantie de la stabilité financière à long terme et la priorité donnée à la pérennité de l’outil de travail : les SCOP comme une structure financière originale et solide.

Au fil des années, la SCOP consolide sa structure financière par différents leviers financiers :

  • La souscription au capital  des associés salariés  via un prélèvement mensuel ou annuel sur salaire (de 1% à 10% selon les entreprises) ;
  • La constitution progressive de réserves issues de l’affectation d’une part des résultats :

Les réserves constituées  sont exclusivement affectée au financement de la SCOP, elles constituent le patrimoine commun de la SCOP. Elles sont dites impartageables car elles restent toujours dans le patrimoine de l’entreprise. Elles se transmettent de génération en génération sans qu’aucun  associé qui quitte la SCOP ne puisse en revendiquer une part à son départ. Elles garantissent l’indépendance de l’entreprise, sa pérennité .L’accroissement progressif des réserves constituent le véritable capital social de l’entreprise et assure sa pérennité comme son indépendance vis-à-vis d’investisseurs extérieurs ;

  • La transformation en parts sociales de la « part travail » (attribuée aux salariés) ou des dividendes que reçoit chaque salarié coopérateur ;
     
  • Des dispositifs d’épargne salariale originaux qui sécurise l’épargne des coopérateurs, et multiplient les moyens de financement des entreprises du réseau SCOP.

A travers ce type de gestion s’affirme clairement le but pratique prioritaire qui abouti à la constitution d’une entreprise sous forme de SCOP : la volonté (exprimée de manière récurrente chez les personnes interviewées) de faire émerger et perdurer un instrument collectif de travail et d’insertion social qui soit stable et qui soit construit pour durer. La logique du profit social à long terme, du développement durable écrase ici littéralement la logique financière du profit individuel à court terme, celle qui pousse certains entrepreneurs privés à ne monter une entreprise que dans l’espoir de la revendre avec un maximum de plus value pour pouvoir devenir rentier, sans réel souci du devenir des anciens salariés.

Et , de fait, une les statut juridiques d’une SCOP interdisent sa revente et son démantèlement. En fait pour faire une comparaison avec les circuits standards du monde de l’entreprise, là où les entreprises classiques se soumettent sans questionnement aux impératifs d’une politique économique , les SCOP tentent de mettre en avant leur indépendance et la gestion démocratique par les travailleurs 

 

5éme principe : La solidarité inter coopérative

« La solidarité des coopérateurs n’est pas limité à leur SCOP mais s’étend à l’ensemble  des membres du mouvement. Cette solidarité se matérialise par l’adhésion de toutes les SCOP à la confédération et aux fédérations professionnelles et par la participation de tous à la vie du mouvement. »

 

Autres spécificités propres à la SCOP :

 

Une fiscalité spécifique.

Comme toutes les sociétés commerciales, les SCOP acquittent la TVA et l’impôt sur les sociétés au taux normal. Mais pour tenir compte des particularités de leur fonctionnement, et notamment du maintient des réserves au profit de l’entreprise, l’Etat exonère les SCOP de la taxe professionnelle. Par ailleurs, les sommes issues de la participation et la constitution d’une provision pour investissement d’un montant égal, permettent de diminuer très sensiblement l’assiette de l ‘impôt sur les bénéfices.

Ce facteur fiscal nous semble un atout non négligeable à ajouter au bénéfice des SCOP, et dans la réflexion qui est la notre, viens rendre un peu plus surprenant le très relatif succès du phénomène coopératif en regard de la domination écrasante du modèle salariale classique. Ce qui nous pousse, a priori, a privilégier la piste explicative d’un manque d’accès à l’information sur ce thème. Mais la question sera traité plus loin.

 

Le partage du pouvoir : Un management participatif

« Comme dans toute entreprise, les dirigeants et mandataires (gérants, administrateurs) exercent leur rôle hiérarchique et leurs prérogatives (?) Toutefois, désignés par les associés salariés, il se doivent d’être aussi pleinement conscients de leur devoir d’information et de bonne gestion à leur égard. Dans la pratique, les salariés sont mieux informés et associés aux décisions en SCOP que dans toute autre entreprise classique. La relation de subordination mutuelle entre salariés-associés et dirigeants leur permet d’y entretenir des rapports plus équilibrés. » Autrement dit , les relations hiérarchiques au sein d’une SCOP sont de pure forme, dans la mesure ou les mandats attribués sont des mandats impératifs, à la différences des mandants représentatifs dont bénéficient les grands élus du système politique français. Dans une SCOP donc, les révocations de dirigeants pour fautes professionnelles ou non respect des engagements pris collectivement sont une chose qui , bien que rare dans les faits, est parfaitement réalisable : simple réunion extraordinaire des associés salariés suivi d’un sanction par vote peut déboucher sur la rétrogradation du sociétaire responsable mandaté en simple sociétaire- salarié, voir sur son renvoi pur et simple si cela est collectivement jugé nécessaire à l’intérêt collectif.

Nous y voyons une tentative de neutralisation radicale des dangers que comportent nécessairement toute délégation de pouvoir. En cela d’ailleurs, la situation du responsable mandaté par la SCOP n’est pas sans rappeler celle du chef d’une certaine tribu (impossible de retrouver le nom et la référence ! ! !) exposée par Claude Levi-Strauss dans un bref passage de Tristes Tropiques, quand il  nous explique comment la position de chef, en dépit de quelques avantages matrimoniaux (ici la polygamie), n’est pas particulièrement enviable cela dans la mesure où il sera tué par les membres de son clan s’il ne se montre pas à la hauteur de attentes que l’on place en lui (approvisionnement, décisions logistiques…). Evidemment, dans une SCOP, le meurtre du chef en cas de fautes grave est bien plus symbolique que réel, néanmoins l’analogie ne nous semble pas exagérée. Nous y reviendrons (peut-être).

 

Deux types juridiques de SCOP .

  1. La SCOP sous forme de société à responsabilité limitée ou S.A.R.L. : Sa constitution exige légalement au moins 3 750 euros de capital de départ et un minimum de deux associés-salariés. Dans ce cas de figure, le gérant est élu par l'assemblée générale, pour un mandat impératif de 4 ans maximum. Si la SCOP comprend plus de 20 membres, l'assemblée élit aussi un conseil de surveillance (3 à 9 membres).
  2.  La SCOP sous forme de société anonyme ou S.A. : Son lancement exige légalement la réunion d’un capital de départ d’au moins 18 500 euro et sept  associés salariés. Dans ce cas de figure, deux types d’organisation interne sont possibles :
  • Une S.A. avec un conseil d'administration constitué de 3 à 24 membres, élus par l'assemblée générale. Le conseil d'administration nomme un P.D.G. en son sein.
  • Une SA dotée d’un directoire ; dans ce cas l'assemblée générale élit un conseil de surveillance de 3 à 24 membres. Celui-ci nomme un directoire de 1 à 5 personnes, désignées pour 4 ans, qui dirigent et administrent la coopérative.

 

Mode d’apparition des SCOP

Comment naît une SCOP ? Les lois françaises prévoient trois modalité de création .

La plus fréquente (72%) est la création spontanée de l’entreprise par des individus qui s’associent dans un projet partagé, également dite création ex-nihilo. Ce peut être le cas, par exemple, de travailleurs manuels  qualifiés qui se regroupent (Cf. Entretien #1), des travailleurs intellectuels qui coopèrent (Cf. Entretien #2 et 3) ou de chômeurs qui créent collectivement leur emploi. Certains organismes locaux, promoteurs de la coopération subventionnent ou créent eux même des SCOP

On peut également tenter une « réanimation économique » d’une entreprise en difficulté en la transformant en SCOP permettant ainsi aux employés d’assumer collectivement la gestion de leurs outil de travail;  Si l’entreprise est en difficulté pour des raisons de gestion interne, cela génère un afflux de capitaux  (les parts des nouveaux salariés sociétaires) et peut re dynamiser l’entreprise par un effet de responsabilisation, et une plus grande volonté de concertation, pour peu que les principes de la logique coopérative aient bien été compris. 17% des SCOP sont des récupérations.

Enfin la transformation peut tout aussi bien être envisagée par des dirigeants, des patrons ou des cadres, pour réorganiser par exemple de fond en comble leur mode organisationnel de production en fonction de leurs conception managériales, ou pour encore s’adapter à un contexte économique très fortement décentralisé tels les réseaux si précisément décrits par Manuels Castells. Cette forme de transition est à l’origine de 11% des Scop en France.

 

Cas concrets de création de SCOP :

  1. Des travailleurs manuels  qualifiés qui se regroupent
  2. Des travailleurs intellectuels qui coopèrent ;
  3. Des chômeurs qui créent collectivement leur emploi
  4. Des ouvriers qui reprennent ensemble leur outil de travail ;
  5. Des patrons ou des cadres qui prennent eux-mêmes l’initiative ;
  6. Des organisme locaux, promoteurs de la coopération

 

En terme d’emploi, 1514 SCOP sont répertoriées en 2001 (plus 6% en cinq ans et plus 16% en dix ans). On dénombre alors 31 887 salariés coopérateurs, dont 66% sont sociétaires de leur entreprise. Le taux de sociétariat, c’est à dire le nombre de salariés étant en même temps sociétaires obligatoire au bout  de  deux ans  de présence) est de 82%.

Selon ce même rapport, les SCOP constitueraient un des rameaux de production les plus dynamiques du mouvement coopératif français.

La coopérative  de production française est un mouvement professionnel à part entière  ayant un statut propre depuis 1978.

Jusqu’ici nous nous sommes contenté de circonscrire les particularité de la SCOP, de manière Formelle et interne. Il nous semble maintenant nécessaire de situer  le phénomène dans la réalité sociale qui est la sienne : quelle est sa place relative dans la société française et dans le monde du travail français ?

Le tableau de la SCOP, vu de l’intérieur, à travers ses principes et d’un point de vue économique, est a priori plutôt positif et engageant, mais pour peu que l’on essaye de définir sa place dans l’économie de production globale, et si l’on prend un peu de hauteur historique pour suivre l’évolution du phénomène, force est de constater que sa position stratégique, en tant que mode d’organisation rationnel des forces productives dans le panel est pour le poins marginale, en France comme a l’étranger.

 

C/ Contextualisation : La SCOP et son environnement 

 

1. Situation Economique

Ces informations quelques peu disparates sont extraites du  document « Les SCOP en France,  Bilan 2001 . »[7]

Le nombre des coopératives de production françaises était aux alentours de 500 au début du siècle. Cent ans après elles ne sont que trois fois plus… Pour autant la stabilité dans le temps de leur taux de progression est étonnante, et l’on constate dans les études statistiques que les SCOP souffrent un taux de mortalité économique inférieur à celui des PME classiques, ce qui en soi peut constituer une preuve de l’aptitude des travailleurs à faire fonctionner durablement un outil de travail collectif.

Pour 300 000 entreprises qui se sont crées en France en 2002, environ 150 étaient des SCOP, soit 0.05% des nouvelles entreprises du paysage français. Il se crée en moyenne et de manière fort régulière, depuis plus de vingt années, 100 à 150 SCOP chaque années en France, mais l’on observe que leur volume moyen en terme de personnel va décroissant ces dix dernières années. Des entreprise de plus en plus petites donc.

Fin octobre 2003, la France comptait 1577 SCOP regroupant 35 229 salariés. Soit une hausse de 1% en nombre d’entreprises et de 3% en nombre d’emplois. Sur dix ans, la progression nette est de 286 nouvelles SCOP (+22%) et de 6000 personnes supplémentaires (+21%), dont 5000 personnes pour les seules cinq dernières années.
Le tableau de la SCOP, vu de l’intérieur, à travers ses principes et d’un point de vue économique, est a priori plutôt positif et encourageant, mais pour peu que l’on essaye de définir sa place dans l’économie de production globale, et si l’on prend un peu de hauteur historique pour suivre l’évolution du phénomène, force est de constater que sa position stratégique, en tant que mode d’organisation rationnel des forces productives dans le panel est pour le insignifiante, en France comme a l’étranger.On est encore loin de pouvoir arler d’une tendance lourde.


Du point de vue de leur économie interne, les indicateurs économiques des SCOP sont au vert :en dix ans, le chiffre d’affaires moyen par salarié est passé de 75 000€ à 92 000 € (+22,4%) ; la valeur ajoutée a cru de 34000 € à 40000€ par salarié (+17,6%), avec une hausse plus marquée sur les cinq dernières années. Depuis 1987, date à laquelle les premières données étaient disponibles, les SCOP ont toujours été globalement bénéficiaires. Mieux : entre 1992 et 2002, le résultat a plus que doublé pour passer de 1370€ à 3134€ par salarié, soit une hausse considérable de 129%. Sur les dix dernières années, ce sont en moyenne 80% des SCOP qui ont été bénéficiaires. Selon le bilan qu’en dresse  la C.G.SCOP (ou confédération générale des SCOP), le bilan 2001 sur la santé du mouvement est jugé « bon ».dans la mesure ou les SCOP de France sont cette année là plus nombreuses, ont augmenté leur effectifs en terme d’employés (progression de 9% soit un point de plus que l’emploi salarié en France sur la même période) et ont augmenté leur chiffre d’affaire cumulé.

Du point de vue de leur économie interne, il ne fait donc aucun doute que le système coopératif est viable, pour ne pas dire prospère. Qui plus est, le phénomène dans sa généralité est doté d’une étonnante stabilité dans le temps, apparemment indifférent, ou disons moins sensible que les entreprises à capitaux privés aux aléas de l’économie mondialisée[8].

Les handicaps reconnus des SCOP pour s’affirmer d’avantage comme alternative globaleau salariat classique :

-     La concurrence des sociétés de capitaux axant aussi leur puissance sur une forte division du travail et sur une forte concentration des capitaux et des pouvoirs. Comme le remarque Demoustier : « les capacités d’accumulation des SCOP restent limitées en raison de ses promoteurs, non capitalistes, mais également de ses objectifs de maintien de l’emploi qui se heurtent aux exigences actuelles de modernisation par l’investissement, qui supprime les postes de travail. »[9]

  • La minceur de leur poids économique ;
  • La faiblesse de leurs fond propres ;
  • Les critères de gestion imposés par les organismes bancaires ;
  • La faiblesse de l’inter coopération économique réelle.
  • Autre faiblesse des SCOP : « voulant s’opposer au mode de travail dominant, elle en subissent la concurrence ; d’où la forte tentation de se rapprocher de l’entreprise patronale hiérarchisée, considérée comme modèle, alors qu’elles n’en ont pas les moyens financiers. »[10]
  • La capacités d’accumulation des SCOP reste limitée en raison de ses promoteurs, non capitalistes, mais également de ses objectifs de maintien de l’emploi qui se heurtent aux exigences actuelles de modernisation par l’investissement, qui supprime les postes de travail. Mais à bien y réfléchir ce dernier élément ne doit pas être considéré comme un handicap car il est un choix délibéré de refus de la croissance pour la croissance. Ce point sera examiner plus loin.

 

Une chose nous semble ressortir clairement de l’analyse de ces prétendus handicaps de la SCOP : elle ne joue pas sur le même terrain rationnel que l’entreprise taylorienne classique. L’objectif affiché de cette dernière est en effet la productivité pour le profit financier. Et en ce sens elle est effectivement pertinente, pour ne pas dire qu’elle est la meilleure solution organisationnelle élaborée par la société, relativement à cet objectif. Mais la rationalité propre aux SCOP possède une autre conception du profit, moins financière que sociale. Ce n’est pas tant la recherche de la croissance et de l’accumulation permanente que la recherche de ce qui est collectivement défini comme le idéal pour les travailleurs concernés qui est considéré comme un réel profit.

 

2. L’environnement extérieur du milieu coopératif

A. Coopération et syndicats

On relève depuis les origine du mouvement coopératif une longue méfiance du mouvement syndical à l’égard des inspirations participationnistes : soupçon de la compromission, accusation d’affaiblir la combativité ouvrière, de servir le patronat sans demander de juste contrepartie de se faire duper par d’habiles manœuvres patronales sur la base ouvrière.  Si l’on considère le point de vue que l’éthique coopérative jette sur le monde du travail, cette hostilité de principe n’est guère étonnante. A terme en effet, un hypothétique succès mondial de la coopération aurait pour corollaire la fin de la distinction historique entre l’exécutant et le responsable, entre l’employeur et l’employé, donc la fin d’une vision conflictuelle de la gestion des entreprises, donc la fin du syndicalisme sous sa forme la plus répandue. Pour autant, il nous semble fort dommageable que deux types d’organisation ayant les mêmes but idéaux , disons : l’émancipation du (et des ) travailleurs ; rivalisent pour être le premier à atteindre ce but…

            A l’abri du préjugé de la non collaboration de classe, les syndicats ont longtemps jeté l’opprobre sur la participation directe des salariés, parfois pour masquer leur incompétence dans le domaine de la gestion  et de l’organisation du travail, par volonté aussi de conserver la maîtrise de leur groupe, disputées par le management  , et aussi , sans doute, parce que leur culture traditionnelle ne les avait pas préparés à remettre en cause le fonctionnement d’organisations taylorisations, bureaucratiques ou fortement hiérarchisées. 

            En effet, tout au long de la décennie 70, on peut entendre des dénonciations sur une participation intégratrice, en marge de la représentation syndicale, qui tenterait de développer les capacités des travailleurs à participer directement, dans la stricte limite de l’organisation du travail en place et à condition que ses objectifs ne mettent pas en cause le consensus sur les buts organisationnels. Politique à laquelle, malgré l’exaltation d’expériences réussies (Par exemple S. Dassault , 1976), les syndicats ont le plus souvent refusé de s’associer au nom d’un conception selon laquelle l’entreprise est avant tout un lieu de tensions entre des intérêts contradictoires, tandis que selon les termes d’E.Batstone (1978), « Le conflit est profondément enraciné dans les structures de l’industrie. »[11] Déjà défiant à l’égard d’une institutionnalisation du conflit, et critiques sur la portée réelle des institutions représentatives autant que sur le développement de la négociation collective, les syndicats ont longtemps considéré que les expériences de la démocratie industrielle participative n’étaient qu’un leurre, manipulant les motivations des travailleurs dans le but d’accroître essentiellement la performance économique et de faire contrepoids à la ténacité de l’idéologie de la lutte des classes. 

 

B. Coopératives  Etats et en France, une stratégie partenariale de légitimation coopérative.

La stratégie partenariale française est qualifiée de légitimation de l’action coopérative.

La particularité de la France par rapport aux autre pays est la suivante : le modèle d’organisation coopérative n’y est pas  enchâssé dans la constitution nationale. La légitimation de l’action coopérative n’est ainsi jamais acquise, ni constitutionnellement, ni politiquement, ni même structurellement. Le secteur coopératif est donc dans l’obligation de démontrer continuellement sa raison d’être auprès de ses partenaires gouvernementaux. Pour preuve : examen des « cycles de restructuration des relations entre l’Etat et le mouvement coopératif au sein de l’organigramme de l’administration française. C’est en France, en effet,  que la structuration gouvernementale des responsabilités, au chapitre du développement coopératif, témoigne le plus éloquemment du degrés de priorité accordé à ce mode d’organisation dans les politiques publiques. Depuis 1981, au gré de la succession des gouvernements, la position de la délégation interministérielle à l’économie sociale (DIES) dans l’organigramme gouvernemental français a connu de nombreux changements et a vu son influence toujours davantage hypothéquée. L’absence de fondement constitutionnel du mode d’organisation coopératif n’est pas sans expliquer en grande partie les multiples déménagements qui ont affecté la DIES au sein de l’appareil gouvernemental. 

Au départ, la DIES avait été crée spécialement pour diffuser la spécificité de l’entreprise d’économie sociale, et plus particulièrement de l’entreprise coopérative, dans la structure gouvernementale. Elle devait jouer un rôle de chien de garde des intérêts des coopératives, notamment dans l’élaboration des politiques et programmes sectoriels. Or, au fil des années, avec la diminution de sa centralité dans la structure gouvernementale, la DIES se voit éloigner des centres décisionnels et des sources d’information. Son rôle de courroie de transmission entre l’appareil d’Etat et le mouvement coopératif et de relais interministériel sur les question relatives à l’économie sociale s’en trouve largement affecté.

Découle également de cette situation un rôle beaucoup plus passif du conseil supérieur de la coopération (CSC), qui regroupe l’ensemble des secteurs coopératifs français et a pour mission de les représenter auprès des pouvoirs publics. Or, dans la mesure ou la DIES n’est plus autant ancrée dans la réalité interministérielle,  il lui est difficile de solliciter l’avis du CSC pour les dossiers auxquels elle n’est pas associée.

Ainsi, en France, plus que dans les autres pays de l ‘échantillon, le « contexte » politique national semble être la clé de voûte de la structuration et de l’intensité de la stratégie partenariale. 


La légitimité de l’organisation coopérative est donc aujourd’hui fortement atteinte. Le secteur associatif, qui forme avec le secteur coopératif ce que l’on appelle le secteur de l’économie sociale, apparaît en effet aux dirigeants publics comme une forme organisationnelles d’avantage apte à relever les défis nationaux actuels de la réinsertion socioéconomique des exclus et de développement de l’emploi chez les jeunes. Alors que le mode d’organisation coopératif a historiquement dominé les politiques nationales en matière d’économie sociale, il y occupe aujourd’hui une position très marginale.

« Le déficit de légitimité du modèle coopératif comme solutions aux problèmes socioéconomiques contemporains auxquels fait face la France n’est pas sans affecter ses relations avec l’Etat. Peu enclin à favoriser le développement coopératif, l’Etat en à largement laissé l’initiative au secteur coopératif lui-même au cours des dernières années. En découlent des relations peu assidues entre le mouvement coopératif et les structures gouvernementales responsables des questions coopératives, ainsi qu’une certaine décentralisation, aux mains du mouvement, de la responsabilité et de l’initiative de son propre développement. Selon certains, le secteur coopératif, en comparaison avec d’autres pays de l’échantillon, a du mal à assumer cette autonomie imposée par le haut, notamment en raison de sa dynamique sectorielle historique, où peu de pont ont été jetés entre les différents secteurs coopératifs. Cette dernière situation n’est d’ailleurs pas sans expliquer en partie la perte de légitimité du mouvement coopératif auprès de l’appareil gouvernemental

Les partenariats Etats-Coopératives sont, historiquement à la base même de l’émergence et du développement de ce mode d’organisation (Cf. travaux de Vézina, Côté et Bernier, 2000). Plus récemment, cette relation partenariale entre l’Etat et le mouvement coopératif s’est accentuée, notamment sous l’impact des difficultés budgétaires  publiques. La formule  coopérative constitue dès lors un mode alternatif de prestation des services publiques. L’analyse des rapports entre l’Etat et les  mouvements coopératifs des quatre pays européens, dans une perspective de développement coopératif, met en évidence quatre types de stratégies partenariales Etats-coopératives : la dévolution territoriale en Espagne, la légitimation coopérative en France,  la subsidiarité en Italie et l’Etat comme acteur au Portugal. La problématique québécoise des relations Etats-Coopératives est analysée à la lumière de ces quatre expériences partenariales européennes. Les auteurs avancent l’hypothèse que l’évolution récente de l’Etat québécois pousse à considérer sous un jour nouveau le partenaire coopératif cette remise en question du rôle de l’Etat ouvre de nouvelles perspectives sur els relations avec les constituants multiples (stakeholders) et sur la légitimité des pouvoir publics dans les modes de gouvernance de divers secteurs de la société.

Une hypothèse est envisageable selon laquelle le monde des coopératives serait moins né  de la croyance fondamentale en un mode de propriété différent que de la nécessité économique : Nécessité  d’offrir des services que le secteur privé à but lucratif ne jugeait pas rentable ou que l’Etat n’avait pas encore la capacité ou l’imagination d’offrir, d’une part.  Nécessité de se regrouper pour se sortir de la misère, parce que le regroupement fait la force , d’autre part.  Nécessité de mieux s’organiser et de faire valoir ses droits, enfin. En ce sens, ce pourrait tout à fait être la pratique qui a conditionné le développement des coopératives, qui a fait, à posteriori, que l’idée est apparue pertinente.  Le secteur public a peu à peu cherché à encadrer par des lois et des règlements, les activités sans cesse croissantes des entreprises coopératives. La relation est ainsi devenue circulaire, le soutient de l’Etat, sous toutes ses formes, conditionnant l’évolution des coopératives. La relation a été renforcée du fait que ces entreprises portent en elles un mode de décision démocratiques qui leur confère une légitimité auprès de l’Etat. 

Pour autant le partenariat Coopératives-Etat n’est pas nécessairement à sens unique et l’Etat peut tout a fait y trouver intérêt. Dans cette optique l’accentuation de la relation entre l’Etat et les coopératives, notamment chez les Etats souffrant d’une situation budgétaires catastrophique apparaît nécessaire ils peuvent ainsi faire appel à des entreprises auxiliaires pour fournir à la population des services essentiels à la population mais trop coûteux lorsque offerts par l’appareil d’Etat.

Par exemple, à un niveau international, les programmes sociaux crées à la suite des années 1940 se sont avérés impossibles à maintenir dans les années 1950, au moment ou le vieillissement de la population , le ralentissement du développement économique et parfois même une gestion lourde et trop onéreuse  forçait les Etats à reconsidérer leur activité . La solution a alors consisté à se tourner vers de modes de prestation dits « alternatifs. » . désormais , l’Etat, au lieu de faire, ferait faire.. Le partenariat est une des expressions devenue à la mode en ce domaine, expression permettant de maquiller des  réalités sociales bien différentes. Le terme assez large, suffisamment équivoque, fut tour à tour utilisé pour désigner la sous-traitance, les contrats de services, ou les ententes entre les secteurs public, privé ou coopératif en vue d’offrir des services auparavant  entièrement offerts par les gouvernements.

Il existe donc un risque réel pour les coopératives de se faire récupérer puis carrément absorber par l'Etat.

 

            C. Coopératives et législation

Ces dernières années, on a pu assister dans de très nombreux pays, à une refonte  des législations coopératives, parfois en amont de la pratique coopérative, donc en la conditionnant, parfois en aval, donc en s’en inspirant.

Le résultat global est un allègement des dispositions réglementaires, une plus grande latitude laissée aux coopératives sur le plan  la définition d’un membre du niveau d’activité exigé avec les membres des dispositions sur le droit de vote en matière de capitalisation ou de financement et sur le plan des règles de constitution et de distribution de la réserve. En outre, on fait état d’une tendance des lois à encourager la concentration des pouvoirs. Cela peut se traduire par une responsabilité accrue du conseil d’administration au détriment  de l’assemblée générale, ce qui accentuerait d’une certaine façon  la baisse de participation.

 

Pour Benoît Levesque et Daniel Côté, (1995), dans les discussions et les analyses portant sur l’évolution des lois s’adressant aux coopératives, on identifie au moins trois approches :

  • « Une approche déontologique se fondant sur les valeurs et les principes coopératifs ;
  • Une approche utilitariste ou conséquencialiste qui se préoccupe d’abord de la survie de l’entreprise et donc de sa compétitivité ;
  • Une approche systématique ( à partir de règles) qui tente de rendre compte de la spécificité organisationnelle de la combinaison coopérative. » (Lévesque et Côté, 1995,P.4)

 

Ces auteurs quant à eux préfèrent l’approche systématique. Ceci dit il est rare de s’en tenir dans la réalité à une seule approche.

L’Etat peut jouer un rôle qui dépasse la simple prescription d’un cadre légal pour les coopératives : de la formulation d’intentions à  l’adoption véritable d’une politique de soutien au développement Parmi d’autres cas, le programme des coopératives de développement régional (ou CDR) du gouvernement du Québec s’avère fort original : mariant le soutient financier de l’Etat à une structure coopérative  réunissant des coopératives de différents secteurs partageant les grands objectifs du programme : appui au développement de nouvelles coopératives, animation sur une base régionales de l’inter coopération. Le programme de   Co-operative development Agencies (CDA) en Grande-Bretagne ressemble en partie au cas des coopératives de développement régional (Demoustier et Pezzini, 1999).

 

            D. Coopération et orthodoxie économique

La situation de la SCOP par rapport à la doxa économique est celle d’un phénomène encore marginal, minoritaire, suspect et sous pression, presque stigmatisé si l’on en croit le discours d’un membre coopérateur :

  Enquêteur : Estimez-vous que ce soit un phénomène largement connu ? Pas connu du tout ?

 

- Je pense que pour comprendre les SCOP, le seul parallèle qui  permet de comprendre aujourd’hui les SCOP du point de vue sociologique, par rapport à la population, c’est de les comparer à quelque chose, une minorité religieuse ou ethnique... les scops sont une minorité dans le monde économique, une toute petite minorité, je sais pas si on compare à l’échelle de la France ce serait peut-être ou même pas l ‘équivalent des bouddhistes ou je sais pas quoi, si vous transmettez sur l’aspect religieux, et à partir du moment où on est une minorité aussi petite, qui travaille donc quasi exclusivement avec  les autres types de sociétés,  nous sommes condamnés à ne pas faire de prosélytisme. Voilà : je veux dire parce que on ne serait  pas supportés. On est supportés heu...par le monde économique, qui nous est hostile, heu...plus par ignorance que par autre chose, ou parce que y il a les virulents du libéralisme qui nous sont farouchement hostiles, mais on n’est facilement supportés, que dans la mesure où on a un statut de minorité... comme toute minorité, et je pense que c’est là la clef du problème... Une minorité n’est supportée que lorsqu’elle apporte des services à la collectivité, et dès lors qu’elle n’a pas de vocation hégémonique à essayer de renverser le système en place, donc le  rôle aujourd’hui du mouvement coopératif, c’est d’être un témoin que ça peut marcher, que ça peut fonctionner, que l’économie à fonctionnement démocratique ça existe et que ça tient, et que c’est heu… de mon point de vue, que c’est certainement un des rares points d’avenir, même d’un point de vue politique, mais il est évident aujourd’hui que nous en tant que dirigeants et responsables de coopérative, on n’a aucun intérêt à agiter le cocotier, ça c’est clair : je veux dire dans notre gestion , pas à titre politique, personnel, mais dans notre pratique de responsables de coopérative aujourd’hui, on a aucun intérêt à agiter le drapeau, ça c’est clair.[12]

 

 

Suite à cette présentation des principes fondateurs et de l’héritage intellectuel des SCOP, que peut-on dire maintenant à propos de notre première hypothèse ? Peut on affirmer que ce mode rationnel d’organisation de la production connaîtrait un engouement beaucoup plus net, quelque changement observable dans la statistique économique, si son existence en tant que solution organisationnelle était portée à la connaissance de tous par des vecteurs d’information  institutionnels (par le biais du lycée par exemple) ? En réalité nous ne disposons pas dans cette étude d’un matériel empirique d’un qualité et d’une quantité. suffisante pour pouvoir proposer une réponse sérieuse. Et en prime nous soupçonnons maintenant que cette formulation du problème soit quelque peu absurde, ou à tout le moins mal construite, inversée. Il est évident que la notoriété d’un mouvement, d’une tendance, d’une idée, participe de sa propagation , mais plutôt que de chercher à comprendre « pourquoi pas ? », il nous faut nous demander « comment ? » ; et en l’occurrence : comment, dans la réalité, les individus prennent-ils conscience de l’opportunité d’une entreprise démocratique dans la société moderne ? On peut formuler, dans l’abstrait,  plusieurs réponses théoriques ; mais le terrain que nous avons investi ne confirme que trois possibilités :

  • Progressivement et insensiblement, par une vague connaissance du phénomène historique :



Enquêteur : Mais c’est la première fois que vous entendiez parler de ce type de statut ?

 

-    Ben je connaissait le nom « coopérative », mais je ... oui au niveau des statuts précis c’était la première fois.[13]

 

  • Par choix, en recherchant des alternatives légales à la formule l’entreprise salariale et privée :

 

Enquêteur :  Comment avez-vous entendu parler pour la première foi du travail coopératif et des SCOP ?

 

  • En montant cette boite, à l’occasion de cette création là... je connaissais de nom, mais j’en savais pas plus que ça avant.  J’avais subi deux licenciements économiques en entreprise classique en trois ans, donc on avait décidé, les six en question, qu’on serait peut-être  aussi bons gestionnaires que nos patrons précédents et qu’on voulait démarrer par nous  mêmes ; et  on a eu vent à ce moment là de cette possibilité, et ça nous a plut et .. à l’unanimité, ça n’a posé aucun problème, on est tous tombé d’accord sur ce principe là.[14]

 

  • Enfin, par accident. Sur quatre personnes interviewées dans l’entreprise de carrosserie ouvrière, deux ouvriers et un secrétaire et un comptable, toutes avouaient avoir découvert le statut par hasard, en même temps que l’entreprise de carrosserie elle-même, et précisément à l’occasion de leur candidature d’embauche.

 

Si 73% de SCOP apparaissent ex-nihilo, ce sont aussi dans celles-ci, dans leur première année à tous le moins, que l’on trouvera des sociétaires « choisisseurs » de leur statut, tous conscient des le départ des  implication de la chose en terme d’investissement et d’orientation économique.

D’autres part, le fait de rencontrer dans une entreprise donnée autant de devenues sociétaires par hasard nous rappelle à juste titre que la situation la plus fréquente dans un contexte de chômage structurel, est celle de la nécessité (comme on dit : l’occasion fait le larron), non celle du choix :


Enquêteur : D’accord…(pause) Avec le temps vous êtres-vous attaché à ce mode de fonctionnement en SCOP ou bien est-ce que ça vous serait égal de réaliser le même travail dans un milieu patronal du type de chez Renault ?

 

  • Ah m’est ça m’est égal moi !…Du moment que j’ai du pain sur la table à manger moi, c’est le principal,. Je vais pas regarder si c’est Pierre, Paul ou Jacques qui commande ou …si il faut aller poncer des semi ou des caissons ou des voitures du moment que mes petiots ils ont quelque chose sur la table à manger…[15]

 

 

Il semble donc a priori que nous soyons devant un phénomène non prosélyte et pragmatique, en ceci qu’il ne se mêle pas d’idéologie et n’est pas préoccupé du grossissement de ses rang, préférant se concentrer sur la réalisation d’un objectif en lui même déjà très problématique. La coopération ne se défini pas en mouvement social ayant conscience de sa singularité et la revendiquant en même temps, c’est donc bien qu’elle n’est est pas un. De cette manière il ne prête aucun flan à la médiatisation.

La seule propagande que s’autorisent les SCOP, c’est la propagande par le fait :

« …donc le  rôle aujourd’hui du mouvement coopératif, c’est d’être un témoin que ça peut marcher, que ça peut fonctionner, que l’économie à fonctionnement démocratique ça existe et que ça tient, et que c’est heu… de mon point de vue, que c’est certainement un des rares points d’avenir, même d’un point de vue politique… »[16]

               

Nous dirons finalement que, pour l’heure, nous invalidons notre première hypothèse, et que si la coopération reste certes une forme économique marginale, ce n’est certainement pas dû à quelque embargo médiatique ourdi en coulisse par un patronat complotant. Il ne nous semble pas faux d’affirmer que la mouvance coopérative est quelque peu pénalisée dans sa diffusion par une carence médiatique, mais ce n’est pas à elle de compenser cette pénalité, et ce n’est certainement pas là la seule clef de son développement, ni la principale solution à son problème de marginalisation.

 

Pour pouvoir survivre à la fois comme outil de subsistance économique et comme instrument  de gestion démocratique  de la production, la SCOP doit composer entre son rôle de production marchande, soumis au modèle et à la concurrence des sociétés de capitaux, et ses règles et aspirations démocratiques qui la rattachent au courant associationniste français du 19ème siècle. 

 

A l’heure actuelle, les SCOP poursuivent donc des objectifs doubles : être performant sur le marché pour préserver et éventuellement développer l’emploi , tout en assurant l’expression démocratique et la promotion des travailleurs qui les constituent ; développer la responsabilité individuelle tout en assumant un fonctionnement collectif dans une structure d’entreprise  (Démoustier, 1984).

 

Cela est problématique en soi car de nos jours de tels objectifs devient vite contradictoires ; On peut affirmer que ce double horizon de la SCOP crée dans la réalité, au niveau des choix de gestion, une tension permanente entre ces deux aspects que sont la compétitivité, la tentation de la croissance d’une part et  d’autre part la recherche de la satisfaction et de la sécurité pour le plus grand nombre possible, la démocratie. Mais c’est a priori une tension indépassable. Ce problème de la différence coopérative, cohabitation deux rationalités au sein d’une organisation (l’une commandée par la nécessité économique, l’autre par l’éthique démocratique) sera traité dans la seconde partie.



[1] M. Crozier et E. Friedberg, L’acteur et le système, Editions du Seuil, Points, 1977, p. 15.

 

[2] Le Petit Robert des noms communs, 1993.

[3] IBID

[4] IBID

[5] IBID

[6] Extrait de la brochure 2002 de présentation des SCOP, Union régionale des SCOP de L’ouest, 7 Rue Armand Herpin-Lacroix, Rennes 35000.

[7] Brochure 2002 de la Confédération Générale des SCOP de l’ouest, 7 Rue Harmand Herpin-Lacroix, Rennes 35000.

[8] Annexes II, graphique sur l’évolution des SCOP en termes d’entreprises sur dix années.

[9] Demoustier D., Les coopératives de production, Editions La Découverte, 1984, p.45.

 

[10] IBID.

[11] Batstone E., The negociation of conflict, in Indutrial relations, a socio-psychological approach, ed. by G. M. Stephenson and C. J. Brotherson, New York, John Wiley and Sons, 1979, cité par Martin D., Démocratie industrielle, la participation directe dans les entreprises, Collection sociologies, PUF, Paris, 1994.

 

[12] Entretien #1, Annexes.

[13] Entretien #4, Annexes

[14] Entretien #1, Annexes

[15] Entretien #6, Annexes

[16] Entretien #1, Annexes